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La banlieue, laboratoire de lieux de culte

LE MONDE | 19.09.03 | 13h58

Les journées du patrimoine sont cette année consacrées au spirituel. A Créteil, mosaïque religieuse, c'est l'occasion de visiter une cathédrale construite en 1978, mais aussi trois mosquées, une pagode, un centre juif...

L'anecdote est connue dans tout le diocèse de Créteil (Val-de- Marne). En 1981, quand Mgr François Frétellière, le nouvel évêque, s'est installé dans ses murs, les déménageurs ont demandé à des riverains le chemin de l'évêché.

Réponse du boulanger : "Si vous croyez qu'on connaît le nom des gens dans les tours !" Déboussolés, les déménageurs ont cherché à savoir s'il y avait une chapelle dans le coin. "Oui, là-bas, au carrefour. Il y a une croix, allez voir..."

C'est vrai qu'elle est discrète, la cathédrale de ce diocèse de banlieue. Entourée de tours de vingt étages, dans le quartier Montaigut. Même le clocher est noyé dans les arbres. Notre-Dame de Créteil a été construite en 1978. Comme le reste du quartier, elle a été dessinée par l'architecte Gustave Stoskopf. Elle est devenue, en 1987, la cathédrale, c'est-à-dire étymologiquement : le siège de l'évêque (cathedra).

Bon nombre de catholiques connaissent, sans le savoir, ce modeste bâtiment blanc aux courbes concaves : pendant des années il a été en couverture de Pierres vivantes, le livre de catéchisme emblématique des années qui ont suivi le concile Vatican II. En soi, Notre-Dame de Créteil est un concentré de la pastorale postconciliaire : le retour à une certaine simplicité évangélique ; une Eglise qui se définit comme "peuple de Dieu", c'est-à-dire "faite d'hommes, avant d'être faite de pierres".

Aujourd'hui encore, le maire de Créteil, Laurent Cathala, se demande pourquoi son prédécesseur, le général Pierre Billotte, maire jusqu'en 1977, n'a pas favorisé la création d'une cathédrale digne de ce nom. "C'était pourtant l'époque du gaullisme triomphant", s'étonne M. Cathala. La vérité est que l'ancien maire de Créteil n'y est pour rien : lui voulait du grand, du monumental au centre-ville, en face de la préfecture. Comme aujourd'hui à Evry (Essonne), où la cathédrale, conçue par Mario Botta et inaugurée en 1996, jouxte l'hôtel de ville. C'est l'évêque de l'époque, Mgr de Provenchères, qui n'en avait pas voulu : il souhaitait "une église pauvre, à l'image d'un diocèse pauvre". Ce qui fut fait.

"IL FAUT QU'ON SACHE !"

Autres temps, autres mœurs : l'actuel évêque de Créteil, Mgr Daniel Labille, veut inscrire plus fortement sa cathédrale dans le paysage urbain. Dimanche 21 septembre, dans le cadre des Journées du patrimoine, il "dédie", c'est-à-dire qu'il consacre solennellement l'édifice. Depuis deux ans, de grands travaux ont été menés : les bâtiments administratifs qui entourent l'église ont été surélevés pour constituer une véritable "maison diocésaine"; la signalétique a été améliorée et la façade mise en valeur.

L'évêque de Créteil assume cette évolution : "Je crois qu'une ville se structure autour de pôles qui ont une signification symbolique, comme la préfecture, la mairie. Les religions sont des phénomènes sociaux comme les autres, et pas seulement privés. Je ne renie pas ce qu'a fait Mgr de Provenchères. La cathédrale de Créteil exprime quelque chose d'important : une Eglise qui ne domine pas, mais qui vit une proximité avec les gens. Mais il faut quand même qu'on sache qu'elle existe !"

Créteil est une mosaïque religieuse : on y trouve un centre paroissial protestant, des églises évangéliques et adventistes, un centre communautaire juif et une dizaine de petites synagogues, trois mosquées, une pagode installée dans un pavillon et des Bahais... Le maire s'accommode de cette diversité : il a offert aux musulmans une salle polyvalente, transformée en mosquée. La mairie a financé la partie "culturelle" et demande un loyer pour la partie "cultuelle". Laurent Cathala a aidé à peu près tous les cultes, dans les limites de la loi, et s'interroge aujourd'hui sur l'opportunité de donner un terrain pour l'édification d'une grande mosquée.

La communauté juive serait la plus importante de la région parisienne : "20 000 âmes, davantage qu'à Sarcelles", selon son président, André Benayoun. Une population presque exclusivement séfarade : Créteil a accueilli beaucoup de rapatriés d'Afrique du Nord, à partir de 1962. La première synagogue a été installée dans une cave de 20 mètres carrés. Pour les grandes fêtes de Roch Hashana et Kippour, les fidèles louaient une grande salle. Une situation comparable à celle des musulmans de nos jours.

"FONCTIONNEL POLYVALENT"

En 1967, la communauté acquiert pour 1 franc symbolique un terrain situé dans le quartier de Mont-Mesly, au milieu des immeubles. Le centre communautaire qui voit le jour est un bâtiment rectangulaire, de conception très simple. Au fil des ans, la surface s'est étendue et la décoration s'est améliorée : la façade s'orne maintenant d'un parement, qui imite le marbre, et d'un chandelier à sept branches.

Le centre juif est assez semblable dans sa conception à la cathédrale Notre-Dame. Dans les deux cas, on a réalisé du "fonctionnel polyvalent". Les deux espaces, synagogue et église, ont été pensés davantage comme des salles multifonctions que comme des lieux de culte : des portes coulissantes permettaient d'ouvrir sur d'autres salles et d'agrandir la capacité d'accueil pour organiser, au besoin, des conférences. "A cette époque, c'était révolutionnaire, souligne M. Benayoun. Pour la première fois, la synagogue n'était pas conçue seulement comme un lieu de prière, mais comme un centre d'activités communautaires. Si vous allez à Paris, les synagogues sont fermées en dehors des offices. Ici, le centre est ouvert presque 24 heures sur 24."

On y trouve un bain rituel (mikvé), des salles de classe ou d'informatique, un espace loué pour les circoncisions ou les bar-mitsva. Pour respecter la règle qui veut que l'on se rende à l'office à pied le jour du shabbat, la communauté a créé une dizaine d'oratoires dans les différents quartiers. Mais le centre communautaire conserve son attraction : c'est un lieu de rencontre et de rendez-vous. C'est aussi un point de contact avec le reste de la société civile : "Nous avons organisé récemment une semaine de présentation. Des gens qui n'avaient jamais mis les pieds dans une synagogue sont venus ici", se réjouit le président de la communauté.

Cependant, la notion de centre polyvalent a ses limites : les fidèles juifs de Créteil ont ressenti le besoin de se "réapproprier le lieu de culte". La synagogue a été ornée de vitraux et d'un décor d'inspiration orientale. La cloison coulissante a disparu. Une évolution pas très différente de Notre-Dame de Créteil : dans la cathédrale, un autel fixe, en pierre, a remplacé l'ancien autel mobile. Désormais, un lieu de culte se doit d'être clairement identifié comme tel, même si sa fonction n'est plus exclusivement religieuse, mais aussi sociale.

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